Les sans-logis du bois de Vincennes

Ce matin, Libération a consacré un article à ces hommes et ces femmes qui vivent à deux pas de chez nous, Saint-Mandéens et Vincennois, et dont nous croisons parfois les tentes ou les cabanes dans le bois :

« Invisibles et relégués dans le bois de Vincennes »

SDF, RMistes ou intérimaires, rencontre avec des sans-logis aux portes de Paris, qui ont abandonné toute idée d’un logement pérenne.

Par Tonino SERAFINI, Libération, mardi 20 février 2007

« Pour trouver Félix, il faut laisser la grande avenue qui borde le bois de Vincennes, à Paris, bifurquer dans l’une des allées vouées à la promenade, prendre un chemin moins fréquenté, puis quitter les sentiers battus et s’enfoncer dans les arbres. Au fond d’une parcelle, une baraque avec un toit en pente. Autour, une multitude de signes de vie : un sac en toile contenant des bouteilles d’eau en plastique, un coin cuisine en plein air, et une corde pour étendre le linge. «Il y a quelqu’un ?» Une voix répond. Bruit de clé dans la serrure. Félix, 42 ans, originaire de la Guadeloupe, vit ici depuis un an et demi. «Avant j’avais un appartement. Je n’arrivais plus à payer les loyers. Un jour, on m’a convoqué pour remettre mes clés. Je me suis retrouvé dehors.» 

«Pire». La première nuit, il a dormi dans le bois, à même le sol. «C’était le 8 août 2005.» Dans les jours qui ont suivi, il a été vu par des employés de la Ville de Paris qui l’ont «dirigé» vers des centres d’hébergement d’urgence. Mais aucune solution stable ne lui a été proposée. «Quand t’es à la rue, t’es à la rue.» Il est revenu dans le bois. «Au début, j’ai planté des piquets et j’ai mis des bâches en plastique dessus.» Dans les semaines qui ont suivi, il a songé à construire quelque chose. «Dormir dehors, c’est ce qu’il y a de pire.» Il s’est lancé en quête de matériaux : planches, poutres, palettes, abandonnées sur les trottoirs. «Pour ramener le matériel, j’attendais qu’il fasse nuit pour ne pas me faire repérer.» L’étanchéité du toit de sa maison d’une dizaine de mètres carrés est assurée par du linoléum de récupération. «Les seules choses que j’ai achetées ce sont des vis et des boulons» pour l’assemblage

«Perdus». Félix alterne missions d’intérim dans le bâtiment et RMI. Il laisse entendre qu’il a renoncé à l’idée de trouver un vrai logement. «Ces personnes auxquelles on n’a pas tendu la main à temps ne sont plus dans la société. La société les a perdus», affirme Jacques Deroo, éducateur, ancien SDF et auteur du livre Salauds de pauvres. Selon le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre, «les deux grands bois parisiens, Vincennes et Boulogne» abritent «200 personnes» chacun. Elles y vivent souvent en ordre dispersé ­ une baraque par ci, une tente par là ­ et toujours cachés, «pour d’évidentes raisons de sécurité», souligne Hector Cardoso du Secours catholique. Et aussi pour ne pas être vu par la première patrouille de police. «Quand je me suis retrouvé à la rue, j’ai commencé avec des cartons à Vincennes. Après j’ai acheté une toile de tente», raconte Daniel, la soixantaine, dans le bois depuis vingt-sept ans. «Plusieurs fois des employés du service de la sécurité m’ont dit: « Dégagez. » Alors, j’allais m’installer plus loin. Il fallait être invisible.» A présent, Daniel vit dans l’un des rares campements collectifs, baptisé le «Camping des écureuils du pied du chêne». C’est écrit sur une banderole de tissu blanc sur laquelle figurent les prénoms des cinq occupants, Daniel, Jeannot, Jérôme et un couple, Thierry et Monica. Ils sont invisibles, malgré une relative proximité avec le château de Vincennes. Pour arriver jusqu’à eux, il faut cheminer au milieu des arbres. Sous de grandes tentes bleues, certains disposent de la télé, qu’ils font fonctionner avec une batterie de voiture.

«Feuille morte». Hors les bois, on trouve des baraques de SDF, dans les interstices des villes, ces rares espaces fonciers laissés vacants par l’urbanisation. Comme le quai d’Ivry, sur une bande de terre coincée entre l’autoroute de l’Est et la Seine. Dans l’une de ces baraques, Jean-Claude, 50 ans, en train de lire le Roman de l’Elysée, un essai politique de François d’Orcival. C’est aussi un lecteur de journaux : Libération , le Monde , le Parisien . Il habite là depuis dix ans. Originaire de l’est de la France, il est arrivé à Paris en 1981 après avoir raté son bac. Il a fait beaucoup de boulots. Pendant une quinzaine d’années, il a logé dans des meublés. Et puis il y a eu une rupture. Un choc. Il dit juste qu’il «a eu la scoumoune». Il a abandonné sa chambre. A arrêté de travailler. «J’ai l’impression que je suis comme une feuille morte. Je n’ai pas de projet. Je ne sais pas ou la vie me mènera.» Lui aussi a renoncé à toute idée de logement pérenne. «C’est pas avec mon RMI que je vais trouver un appartement», dit-il avant de replonger dans le monde de l’Elysée. »

Cet article nous rappelle l’urgence de voir adoptées les propositions de Ségolène Royal pour garantir la sécurité du logement et lutter contre le logement cher :« Lutter contre le logement cher, une sécurité logement tout au long de la vie » (proposition n°12)

Augmenter les allocations logement de manière à limiter à 25% le montant des dépenses de logement pour les ménages modestes.

Construire 120 000 logements sociaux par an grâce à une incitation au livret A. L’Etat pourra se substituer aux maires qui n’appliquent pas la loi SRU.

Créer un service public de la caution afin que celle-ci ne soit plus un frein à l’accès au logement tout en sécurisant le propriétaire. En contrepartie, les procédures d’expulsion des locataires de mauvaise foi seront simplifiées.

Conditionner les avantages fiscaux et les aides publiques à une modération des loyers.

Remettre à la location les logements vacants spéculatifs. Les communes pourront également les acquérir par une procédure exceptionnelle.

Encourager l’accès à la propriété par l’extension des prêts à taux zéro. Dans le logement social, les locataires qui ont payé pendant 15 ans leur loyer pourront accéder à la propriété.

Sanctionner financièrement les communes qui ne respectent pas le ratio moyen de un pour mille habitants pour les hébergements d’urgence.

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