Polémiques autour de la lettre de Guy Môquet

En tant qu’enseignants, nous n’aurions pas lu la lettre de Guy Môquet à nos élèves.

D’abord parce qu’elle n’a que peu de contenu historique : c’est la lettre d’un tout jeune homme qui va mourir à sa famille. Elle suscite chez le lecteur une émotion très forte, mais n’enrichit pas la réflexion sur la période.

Ensuite et surtout, parce que la contextualisation de l’arrestation et de la mort de Guy Môquet, une contextualisation qui nécessite la démarche historique la plus prudente et la plus honnête, est absolument nécessaire à la compréhension de cette lettre, loin de toute démarche « mémorielle », qui serait dans le cas présent proprement mensongère. Comme sur bien d’autres sujets (les questions judiciaires notamment), Nicolas Sarkozy choisit de jouer sur l’émotion immédiate : nous, enseignants, préférons le recul et la réflexion.

Xavier Darcos, dans la circulaire qui impose la lecture de cette lettre le 22 octobre, présente le jeune homme comme un Résistant tué par l’Occupant contre lequel il luttait. En voici un extrait : « Le 22 octobre 2007, le président de la République commémorera le souvenir de Guy Môquet, cet élève résistant du lycée Carnot arrêté à 16 ans en octobre 1940, puis fusillé le 22 octobre 1941 après avoir adressé, la veille de sa mort, une lettre poignante à sa mère. […] Tous ces jeunes Français d’alors, passionnément attachés à la liberté au point de sacrifier leur propre vie pour défendre celle des autres, constituent un formidable exemple pour les jeunes d’aujourd’hui.  » (voir le texte intégral : http://www.anciencombattant.com/article.cfm?id=105672). Rien n’est dit du fait que Môquet était un militant communiste, fils d’un député emprisonné par le gouvernement français parce que communiste. Et que, peut-être, les tracts qu’il distribuait le jour de son arrestation par la police, française il faut le rappeler, n’avaient rien à voir avec les Allemands (jusqu’à la rupture du pacte germano-soviétique, une partie des communistes français, suivant les consignes du Komintern, n’attaquaient pas directement l’Occupant, mais essentiellement le régime de Vichy, tandis que d’autres communistes étaient déjà entrés en Résistance). Nous disons bien peut-être, car les historiens eux-mêmes ne s’accordent pas sur la qualité de « résistant » de Guy Môquet, parfois eux aussi pour des raisons partisanes.

Conservateur du Musée de la Résistance nationale, Guy Krivopissko a publié « La vie à en mourir, Lettres de fusillés 1941-1944 », aux éditions Tallandier, un recueil de lettres d’adieu des fusillés de la Résistance. Il recommande la lecture du poème saisi sur Guy Môquet le jour de son arrestation « pour comprendre ces jeunes qui sont entrés en résistance ». Ce poème, exposé au Musée avec la fameuse lettre, est une protestation. Peu de temps avant l’arrestation de Guy Môquet, trois de ses camarades de la jeunesse communiste du 17ème arrondissement avaient été arrêtés. Il s’agit d’un texte très politique, dont on ignore s’il était destiné à devenir un tract. Il porte une mention manuscrite au crayon : “trouvé sur Môquet“. Ce qui indique que cela a été saisi sur lui par les autorités judiciaires ou policières.

« Parmi ceux qui sont en prison
Se trouvent nos 3 camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades

Vous êtes tous trois enfermés
Mais patience, prenez courage
Vous serez bientôt libérés
Par tous vos frères d’esclavage

Les traîtres de notre pays
Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d’ici
Pour instaurer le socialisme

Main dans la main Révolution
Pour que vainque le communisme
Pour vous sortir de la prison
Pour tuer le capitalisme

Ils se sont sacrifiés pour nous
Par leur action libératrice

Pour vous faire une idée plus précise, loin de toute polémique politicienne, nous vous recommandons la lecture d’un article qui nous a semblé moins partisan que nombre d’autres, et fait un point détaillé sur le parcours de Guy Môquet et les fusillés de Châteaubriant.

« Guy Môquet, Sarkozy et le roman national » par Jean-Pierre Azéma : http://www.histoire.presse.fr/

Sandra et Gaspard

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