Les tests ADN : une faute morale

Le 23 octobre 2007 le projet de loi relatif à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile a été adopté et avec lui l’amendement sur les tests ADN.

Même revu et corrigé cet amendement demeure lamentable ce qui explique du reste que le texte n’ait été adopté qu’à une courte majorité, des députés de la majorité présidentielle ayant eu le courage de ne pas voter ce texte.

Notre député maire, qui en son temps avait soutenu une proposition de loi tendant au rétablissement de la peine de mort pour certains crimes, n’a pas eu de ces scrupules et a bien évidemment voté ce texte.

C’est de nouveau un exemple flagrant de ce qui nous, gens de gauche, nous oppose fondamentalement sur le plan des valeurs et des principes, à l’idéologie de l’actuelle majorité présidentielle à laquelle appartient notre maire.

Ce texte est consternant parce qu’une fois de plus l’immigration et tout particulièrement celle qui vient des contrées les plus pauvres se trouve suspectée de fraude. Il est le reflet d’une méfiance envers l’étranger comme envers le pauvre ce qui est intolérable.

C’est un texte juridiquement discriminatoire puisqu’il fait prévaloir une conception restrictive du lien de filiation contraire à nos propres règles de droit. En effet, faut il rappeler qu’en droit français le lien de filiation, et donc le lien familial, n’est pas exclusivement lié à un lien biologique. Ainsi en va-t-il, entre autre, de l’adoption. Un enfant adopté n’a pas de lien biologique avec ses parents.

Or dans des pays décimés par des luttes internes, par la pauvreté et les épidémies, les enfants orphelins sont souvent pris en charge par le reste de la famille. Peut on accepter que dans le cadre du regroupement familial un enfant se voit refuser l’accès à notre pays parce que la femme qui l’a élevé n’est pas sa mère biologique ?

Enfin c’est le début d’un engrenage : aujourd’hui on suspecte l’immigré de mentir sur sa parenté. Demain on le suspectera d’utiliser le titre de séjour obtenu pour l’un de ses enfants au profit d’un autre enfant. Qu’ira-t-on alors imaginer ? De marquer l’enfant dont le test ADN établit le lien de parenté avec sa mère avec un signe indélébile ?

Une fois de plus l’opprobre est jetée sur l’immigré toujours suspect d’être hors la loi où à l’origine de tous nos maux . Se doit-on de rappeler que pour beaucoup d’entre eux, c’est contraints et forcés qu’ils quittent leurs pays, chassés par les guerres et la famine ? Que ceux qui n’en sont pas convaincus prennent un peu de temps pour assister à des audiences de la Commission de Recours des Réfugiés à Montreuil (10mn à pied du métro St Mandé) ou encore visiter le musée de l’immigration qui a tout récemment ouvert ses portes à côté de notre commune.

Dénoncer cette stigmatisation de l’immigré ce n’est pas verser dans l’angélisme comme osent le prétendre certains. Nous sommes certes convaincus que l’idéal est de permettre à tout être humain de pouvoir vivre où il est né et qu’il est indispensable pour l’équilibre même de notre planète d’initier de véritables politiques de développement.

Mais nous nous devons aussi d’accueillir en les respectant ceux qui aujourd’hui se réfugient et vivent chez nous. Les respectons nous lorsque nous adoptons des lois fondées sur des présupposés de fraude de leur part ?

Le fait que la pratique des tests ADN existe dans d’autres pays est un argument qui n’a pas de sens : ce n’est pas parce qu’une pratique a cours ailleurs qu’elle est nécessairement bonne et qu’elle peut servir de référence ou d’exemple.

Rappelons nous que la France d’aujourd’hui s’est construite au travers de vagues d’immigration successives en provenance de diverses régions du monde. L’immigration a été utile pour notre pays et elle le demeure.

Continuons de nous mobiliser pour l’abrogation de ce texte contraire aux droits fondamentaux.

Geneviève Touati et Antoine Morin

Vos conseillers municipaux de la liste « Saint-Mandé pour une ville solidaire »

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