Nicolas Sarkozy crédible sur l’international ?

Même le Figaro relevait ce matin les bourdes du candidat de l’UMP sur des questions internationales majeures comme Al-Quaïda ou l’armement nucléaire de la France. Nicolas Sarkozy, qui avait taxé Ségolène Royal d’incompétence sur le sujet du nombre de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français, n’a pas su répondre ce matin aux questions du journaliste de RMC. Plus grave, il n’a pas su dire si le mouvement Al-Quaïda est d’obédience sunnite ou chiite, en éludant la question d’une façon pour le moins curieuse.

Voir l’article du Figaro :

http://www.lefigaro.fr/election-presidentielle-2007/20070226.WWW000000432_sarkozy_aussi_bute_sur_les_sous_marins_nucleaires.html

Souvenons-nous d’ailleurs que lorsque Nicolas Sarkozy est allé en Afrique, il s’est fait qualifier devant les caméras de « raciste », notamment à Bamako où de nombreux Maliens ont manifesté contre sa venue, tandis que Ségolène Royal a été acclamée à Dakar.

La candidate socialiste a consacré le tiers de son discours de Villepinte aux questions internationales – propos qui n’ont guère été relayés dans les médias malgré leur caractère novateur -, et notamment aux relations avec l’Afrique. Nous vous invitons à prendre connaissance de la justesse de ses analyses et de l’ampleur de sa vision.

Discours de Villepinte (11 février)

 » Cela me conduit à vous dire comment je conçois le rôle de la France dans le monde et comment j’entends lui faire tenir son rang. La France, c’est un paysage que nous aimons, c’est aussi une grande histoire, certes pas uniforme, mais avec des moments sublimes, quelquefois des abîmes et en arrière plan la grande lumière jamais éteinte de la Révolution française.

C’est également une langue dont Fernand Braudel nous a enseigné la part qui est la sienne dans la construction de notre identité. N’oublions jamais la dimension de la francophonie. Il y aura en 2050 trois cents millions d’hommes et de femmes qui parleront français. Je souhaite qu’il y en ait davantage, bien davantage, je souhaite une France qui parle dans sa langue, sa propre langue au monde qui nous entoure.

Car la France, c’est plus que la France. La France, c’est ce drôle de pays, comme disait André Malraux, qui n’est jamais aussi grand que lorsqu’il l’est pour tous.

La France, ce sont des valeurs exigeantes et belles proclamées par la Révolution française, la France, ce sont des valeurs universelles qui nous obligent et que nous devons porter haut pour ne pas décevoir ceux qui ont foi en nous.

L’histoire de France est une histoire vivante, c’est une histoire qui, parce qu’elle est vivante, doit continuer de parler au monde. C’est cela faire tenir à la France tout son rang. Car le monde, nous savons ce qu’il en est, la mondialisation, les échanges, les influences croisées et fertilisantes, mais aussi le tohu bohu, l’inéquité, le malheur, les crimes de masse, les guerres, et je ne veux pas d’une France qui aurait la tentation de s’éloigner de la scène, de renoncer et de laisser faire, je ne veux pas d’une France qui laisserait ce monde se casser, éclater en morceaux, en blocs de vie et de pensées hostiles les uns aux autres. Je ne veux pas d’une France qui se résignerait à sortir de l’histoire.

Allons-nous rester là spectateurs muets ? Apeurés ? Et bientôt victimes ? Avons-nous quelque chose à dire encore au monde ? Avons-nous quelque chose encore à lui apporter ? Le croyez-vous ? Le voulez-vous ? Alors je le crois et je le veux avec vous.

Les objectifs de la France sur la scène internationale, si je suis élue, seront simples et fidèles à notre vocation la plus haute : la paix bien sûr, la sécurité pour les Etats, mais aussi la justice pour les peuples et le développement pour tous.

La paix, elle n’est possible que fondée sur l’équilibre d’un monde multipolaire, c’est pourquoi tous les efforts, je l’ai dit, visant à faire redémarrer l’Europe et à en faire une puissance également politique seront poursuivis avec une ardeur particulière.

C’est pourquoi tout sera fait pour remédier au déséquilibre des puissances qui est la règle d’aujourd’hui dans les rapports avec nos partenaires et alliés. C’est pourquoi aussi la France pèsera de tout son poids pour que soit respecté le droit international. Celui-ci existe, il n’est que de l’appliquer, et nous réclamerons de nos meilleurs amis que les résolutions du Conseil de sécurité soient mises en œuvre, que les grands traités du désarmement et de l’environnement soient respectés.

La France et le Royaume-Uni ont la lourde responsabilité d’être membres permanents du Conseil de sécurité, nous y jouerons tout notre rôle, à l’écoute certes de nos partenaires européens, mais aussi de tous les pays prêts à travailler avec nous.

Le multilatéralisme, c’est la mobilité de l’action au service des principes que les Nations unies ont fixés.

Veiller à la sécurité de tous, c’est aussi donner l’exemple. Et c’est pourquoi nous continuerons à déployer nos forces au service du droit s’il le faut en Afrique comme au Proche-Orient.

La justice pour les peuples exige que nous parlions fermement en toutes circonstances devant nos alliés, nos amis et en agissant dans toutes les instances où se bâtit aujourd’hui la justice internationale.

Le développement implique que la France qui fut l’une des premières à plaider pour l’aide publique ne se paie pas de mots. Nous sommes tous terriblement en retard sur nos engagements à l’égard des pays défavorisés. Il faudra redoubler d’efforts et il faudra que la France, je l’ai dit tout à l’heure, parce que c’est une condition de notre survie et de notre avenir, indique le chemin à tous ceux qui s’accommodent à bon compte des promesses non tenues et des inégalités criantes. Non, cela ne sera plus possible, et la France le dira haut et fort.

Le réalisme, c’est aussi choisir nos priorités. Et nous regarderons d’abord devant notre porte, et je vais vous surprendre, ou peut-être pas, notre porte, c’est l’Afrique. L’Afrique est notre voisine. Elle est là cette Afrique, vivante, dynamique, mais accablée de maux et de tensions. Chaque Africain qui parvient souvent contre son gré à nous rejoindre en témoigne et il ne comprend pas qu’après tous nos beaux discours, nous nous tournions la tête et nous nous barricadions. Il ne comprend pas parce que l’avenir, qui appartient aujourd’hui aux Chinois et aux Indiens, en temps oubliés, écartés voici moins de vingt ans, appartiendra peut-être demain à son frère, à son fils, je le souhaite, un Africain.

Car de quoi souffre-t-elle l’Afrique dont l’état de sous-développement nous diminue tous collectivement, nous affaiblit tous collectivement ? Elle souffre d’une économie mondiale absolument débridée qui ne laisse aucune chance à des productions agricoles fragiles et incapables de rivaliser avec les politiques de pays bardés d’atouts financiers et technologiques.

Elle demande un peu de bon sens, un peu de justice, recommande que l’on remette un peu d’ordre sur les marchés, que des avantages soient laissés aux pays les plus pauvres, que des préférences, il faut le dire, soient accordées, quitte pour celle-ci, pour l’Europe, en échange, à savoir orienter ses achats vers l’Europe et vers l’Afrique.

Organisons d’Europe vers l’Afrique et de l’Afrique vers l’Europe des relations favorisées et équitables, sinon, je vous le dis, c’est la Chine qui prendra la place.

De quoi souffre la démocratie africaine ? D’un jeu trop brutal des alternances, du poids des oligarchies, de la corruption de certaines élites. Et je n’oublie pas cette honte, que fut à la toute fin du 20e siècle, le génocide des Tutsis au Rwanda, un crime contre l’humanité, une insulte à l’humanité de l’homme, un deuil pour le monde, ni enfin aujourd’hui la tragédie du Darfour que la communauté internationale a sans doute le moyen de stopper. Pourquoi ne le fait-elle pas ? Pourquoi la France, la grande France, celle des internationalistes qui ont fondé notre parti, celle des Républicains qui croient que nous avons sur la scène du monde un rôle particulier, ne fait-elle pas pression pour que s’arrête le massacre ?

La France, l’Afrique est à la portée… Oui, l’Afrique est à la portée de la France et de l’Europe, elle est à notre heure. Je veillerai à ce que celle-ci saisie et gardée. Il ne s’agira pas de manifestations éphémères, de cérémonies d’un jour, de tourner à brides abattues, mais d’un effort opiniâtre sur pied égal avec les Africains, dirigeants ou non.

Notre voisin, c’est aussi bien sûr le Proche et Moyen-Orient. On plaidera pour des conférences, je dis oui naturellement, mais je plaiderai surtout pour le réalisme et l’ambition.

La paix au Proche-Orient suppose deux aspirations indissociables et également impérieuses : celle de la justice et celle de la sécurité. Il faut rendre justice aux Palestiniens, il faut garantir la sécurité d’Israël et la vie de tous ses citoyens.

L’objectif n’est pas inaccessible, les Palestiniens modérés, démocrates, partisans du compromis existent et refusent de se taire. Les Israéliens favorables au partage de la terre sont une majorité, ils ont des familles, des enfants dont le destin passe par une paix durable et garantie, et je l’ai vu en rencontrant les jeunes des deux côtés.

L’Europe peut et doit peser en faveur de cette paix. La France, au sein de l’Europe, a l’autorité nécessaire pour rappeler les principes. Voyez au Liban notre participation à l’effort de la FINUL, persévérons, et avec les autres, renouons le dialogue avant qu’il ne soit trop tard, je pense à la Syrie, et même à l’Iran.

Je me suis prononcée, vous le savez, pour une très grande fermeté vis-à-vis du régime iranien en place et de ses provocations répétées, mais cela ne me dissuadera jamais de maintenir le dialogue avec une population qui espère et qui croit en nous.

Nous partenaires sont bien sûr les autres membres permanents du Conseil de sécurité : Chine, Russie, Etats-Unis. À nous de savoir comment travailler au mieux avec eux. La Chine est autre chose qu’un géant économique, ce sera bientôt un géant politique et je voudrais que la France fut l’une des premières à percevoir cette montée en puissance de la Chine et à en tirer toutes ses conséquences. Mais je voudrais aussi qu’elle soit à la pointe de la vigilance sur le non-respect des droits humains ou des droits de l’Homme, comme on le voudra, en Chine. La démocratie est un bien commun, la démocratie, ce ne sont pas des valeurs réservées aux uns et interdites aux autres comme je l’ai dit sur place, pour défendre les journalistes et les avocats emprisonnés. Et voilà ce que j’aurai à cœur, si je suis élue, de rappeler à nos partenaires chinois comme je l’ai déjà fait. Une France attentive, mobile, doit guetter chaque signe de mouvement pour tenter de l’infléchir. Et la France que j’aime, et en laquelle je crois, doit se montrer intraitable dans les valeurs liées à sa tradition d’humanisme et de lumière.

Autre réalité, la Russie : des liens séculaires et très forts nous unissent à la Russie. Nos peuples, nos deux peuples ne se connaissent pas toujours assez mais se respectent et la Russie d’ailleurs appartient de plein droit, et j’en suis intimement convaincue, à l’espace de civilisation européenne. Raison de plus pour lui tenir à elle aussi le langage de la vérité. Raison de plus, comme l’Allemagne nous en donne l’exemple, pour trouver le ton juste, lui dire ce qui ne va pas, lui manifester sans chipotage notre conviction qu’elle est européenne, mais que parce qu’elle est européenne un certain nombre de valeurs s’imposent à elles. L’Europe a besoin de la Russie et la Russie de l’Europe. Et je serai la présidente de ce lien renforcé. Et je serai aussi une pour présidente intraitable lorsqu’il s’agira de dénoncer les abus de droits, les entorses aux droits de l’Homme, les crimes de guerre en Tchétchénie, où l’assassinat en plein Moscou d’une femme d’exception, honneur de sa profession, que fut la journaliste Anna Politovskaïa.

Partout où nous agirons, les États-Unis bien sûr ne seront pas loin. Ils sont là, puissants, amicaux, le peuple américain généreux et aussi, comme l’histoire récente l’a montré, emportés parfois jusqu’à l’erreur par le poids même de leur puissance. Nous vivrons avec eux, en partenaire solide et fiable, mais sans complexe non plus. La taille n’a rien à voir avec les principes. Le déséquilibre des puissances n’est jamais une bonne raison de se taire. Et on l’a bien vu, n’est-ce pas, à propos de l’Irak. La voix de la France en l’espèce ne fut hélas pas entendue, mais elle n’en sonna pas moins juste. Et je voudrais à l’avenir qu’elle continue de sonner juste et je voudrais qu’en parlant plus haut et plus fort notre voix porte plus loin.

C’est ce respect des avis d’autrui que l’on m’a parfois reproché. Et pourtant, c’est ce respect des avis d’autrui qui manquât si tristement dans la guerre du Moyen Orient, cette écoute de l’autre et ce sera ma façon de faire, et j’en ferai la règle de notre conduite.

Je veillerai à tenir compte de ce que pensent non seulement les membres permanents du Conseil de sécurité, mais aussi les pays émergents, ces nouvelles puissances qui ont les moyens de leurs ambitions et qui, tôt ou tard, sauront se faire entendre. Nous savons la force de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud, qui rejoignent ces autres piliers de la scène internationale que sont le Japon et le Canada. Tous aspirent à modeler l’avenir, à ne pas laisser le monde entraîné par le seul mouvement de l’économie financière. Ils peuvent être nos meilleurs alliés, ils seront nos vertueux complices si nous le décidons ainsi dans la volonté de réinventer les règles du jeu valant dans les concerts des nations. Ce sera ça aussi la voix de la France.

On nous dit que les États s’affaiblissent, que les Nations s’évanouissent, que triomphent les grandes compagnies, que le marché est le seul roi, c’est tout le contraire que montre la scène du monde et la France en tout cas ne craindra pas, je vous l’annonce, de tenir le rang qu’elle doit à son histoire. Elle agira sans humilité et sans arrogance, elle tiendra son cap et elle affirmera par ma voix ses principes.

Chers amis, une chose que j’ai comprise, et que je savais déjà, je peux vous en faire la confidence, pendant ce temps où je me suis mise à l’écoute des Français et des Françaises, c’est qu’ils aiment profondément la France. Et comme ils l’aiment vraiment, comme nous l’aimons grande, ouverte, accueillante, soucieuse de la misère du monde, c’est ce souci aussi que je veux porter, c’est ce message auquel je veux être fidèle. On dit les Français égoïstes, repliés sur eux-mêmes et leurs petits soucis, mais tout dépend de ce qui leur est proposé car notre peuple est aussi un peuple généreux, c’est le peuple qui a inventé les Médecins sans frontières et les Médecins du monde, c’est l’un des peuples où le mouvement associatif est le plus vivant. Et je serai la présidente de cette République-là, celle où l’on sera sans indulgence pour les dictateurs, quelle que soit leur couleur politique ; cette République-là où l’on sera implacable avec les purifications ethniques, les génocides, cette honte pour le genre humain. Je veux une France qui, encore une fois, retrouvera sa vocation qui est de parler à tous et de le faire au nom de l’universel de ses valeurs. Cette France, nous allons la faire, celle qui, sur la scène du monde aussi, travaillera à instaurer un ordre international juste. « 

Un commentaire

  1. Ségolène Royal trace les lignes d’un partenariat avec l’Afrique qui correspond à ce que la grande majorité des africains attendait depuis des décennies. Il est plus que vital de Tourner la page des amitiés personnelles douteuses entre les présidents français et certains dictateurs africains.
    La France a perdu son image de marque en Afrique au profit de la Chine qui en ce moment occupe tous les secteurs délaissés par les entreprises françaises. C’est dommage car les liens historiques et la francophonie sont des atouts qui ont été sacrifiés sur l’autel du clientélisme. Certes le discours de Ségolène sur l’Afrique a été occulté par les médias de l’hexagone mais il n’en demeure pas moins que l’Afrique l’a bel et bien reçu par le biais d’autres organes de presse( Témoignage chrétien) et par Internet. Sans oublier la photocopieuse et le bouche à oreille.

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