La vidéoprotection, une gabegie?

Retour en extraits sur un article paru dans Le Monde du 31 mai 2011 (p. 19, « Le grand débat – Décryptages ») et signé par trois chercheurs, Eric Heilmann (université de Bourgogne), Tanguy Le Goff (Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Ile-de-France) et Laurent Mucchielli (CNRS).
Les trois auteurs rappellent tout d’abord l’absence en France d’évaluation scientifique des effets de la vidéoprotection sur la délinquance, aucun travail à la fois rigoureux et indépendant du pouvoir politique et des entreprises privées commercialisant cette technologie n’ayant selon eux été mené à bien à ce jour. Les promoteurs de la vidéoprotection « utilisent des exemples spectaculaires mais isolés, des faits divers réels mais décontextualisés, des arguments d’autorité au lieu de démonstrations vérifiables, et des calculs budgétaires qui « oublient » de compter le coût salarial. » En effet, le budget de fonctionnement  nécessaire à une utilisation efficiente du système (sans parler des coûts d’entretien) est considérable en lui-même, en raison de la nécessité de surveiller les écrans 24h/24 et 7j/7, un tel travail demandant des relais fréquents en raison de la fatigue oculaire générée par le contrôle visuel permanent d’une multitude d’écrans. Or par ailleurs, comme le montrent plusieurs études étrangères, « il ne sert pas à grand-chose de repérer plus vite un problème si la police n’intervient pas plus vite. Dès lors, la situation française apparaît dans tout son paradoxe, pour ne pas dire dans son absurdité puisque la vidéoprotection est promue par les pouvoirs publics comme un substitut et une contrepartie à la réduction des effectifs policiers. »
En l’état actuel des choses, la vidéoprotection semble donc n’avoir qu’une emprise marginale sur la délinquance: « l’impact en termes de détection d’infractions autres que routières se situe entre 1 % et 2 % du total des infractions sur la voie publique traitées en une année par les services de police ou de gendarmerie sur le territoire de la municipalité concernée. » Par ailleurs, « l’aspect judiciaire n’est guère plus probant. Les réquisitions d’images à des fins d’enquête après des infractions sont du même niveau statistique, sans que l’on sache si ces images ont été exploitables et exploitées dans la suite des procédures judiciaires. » Augmenter cet impact supposerait des moyens policiers supplémentaires alors qu’ils se réduisent, et que dores et déjà « le coût réel du système « assèche » tellement les budgets de prévention de la délinquance que l’on doit conclure à un usage très contestable de l’argent public. » Ainsi, les auteurs notent que de nombreuses communes « sont en train de s’équiper de caméras mais sans personne pour exploiter les images. Et la plupart d’entre toutes ces communes doivent, malgré l’aide financière de l’Etat, sacrifier à la vidéo des pans entiers de leurs programmes antérieurs de prévention de la délinquance et d’aides sociales diverses. »
Les auteurs de l’article s’étonnent au passage que l’Etat participe à la stratégie marketing des fabricants d’équipements de vidéoprotection, « par l’intermédiaire des préfets, ainsi que de fonctionnaires de police et de gendarmerie chargés de relayer sur le terrain le « plan de vente » des entreprises privées. » Et de conclure: « l’on est en train de rompre l’égalité de traitement du service public et de compromettre toute politique globale et intégrée de prévention de la délinquance, au profit d’un mirage technologique que seules les communes les plus riches pourront s’offrir pour des profits qui s’estimeront davantage en termes de visibilité politique et de sentiment d’insécurité que de lutte efficace contre la délinquance. »

Rappelons qu’il existe, à ce jour, pas moins de 19 caméras de « vidéoprotection » à Saint-Mandé (calcul non exhaustif), disposées aux intersections de voies suivantes:
-av. Vivien – av. De Gaulle
-av. de la pelouse – ch. de l’étang
-Mouchotte (écoles Ch. Digeon)
-place de la Libération – rue de l’alouette
-rue Guynemer (au niveau de l’église)
-av. De Gaulle (devant l’école Saint-Michel)
-rue Renault – rue Jeanne d’Arc
-av. De Gaulle – rue Sacrot
-rue Sacrot – villa Marcès
-rue 1e DFL – pas. Bir Hakeim
-pas. Bir Hakeim (à quelques mètres de l’implantation précédente)
-bd de la Guyane – rue Mongenot
-rue Mongenot (salle omnisports)
-rue du lac – ch. de l’étang
-av. De Gaulle – place Ch. Digeon
-av de Liège (façade de la mairie)
-av. Gallieni – av. Joffre
-av. Joffre – rue Plisson
-av. de Paris – av. Pasteur
Un passant stationnant à l’angle des rues Sacrot et Guynemer se trouve ainsi filmé par trois caméras simultanément. Tout cela est-il bien raisonnable?

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